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Construire en bois, c’est durable… !

Le retour du printemps fut l’occasion de programmer une séance d’information sur l’utilisation du bois dans la construction, avec Hugues Frère, de l’asbl Hout Info Bois. [1]

Le secteur de la construction bois en Belgique : une enquête et quelques chiffres.

La filière bois est une part non négligeable de notre économie locale : elle assure, en effet, près de 19 000 emplois pour 8 000 entreprises belges. Elle permet une valorisation, en circuits courts, de ressources locales renouvelables.

En janvier 2013, une enquête nationale [2] relative aux bâtiments résidentiels a été menée par Hout Info Bois, avec le soutien financier de la Wallonie. Lors de celle-ci, 2 500 appels ont été enregistrés auprès de 600 entreprises. 232 d’entre elles ont déclaré construire ou rénover en bois. La part des constructions neuves était, en 2012, près de 3 fois plus importante que celle des rénovations (2 241 contre 888). Cette étude met en évidence la crise économique et son impact sur le secteur de la construction. En effet, on constate que le nombre total de réalisations, toutes techniques confondues, tend à diminuer entre 2010 et 2011. Cette diminution est de l’ordre de 13% pour les constructions neuves et de 6% pour les rénovations/extensions.

Le secteur bois se porte plutôt bien !


Cependant, dans cette diminution globale, la construction bois semble tirer son épingle du jeu puisqu’elle enregistre quant à elle une augmentation entre 2011 et 2012 (environ 36% en construction neuve et 15% en rénovation/extension).
Et la déforestation ?
On pourrait penser que l’essor de la construction bois a un impact sur la déforestation… Ce n’est pas le cas : même en additionnant les différentes techniques de construction en bois, celles-ci ne représentent que 2,44% du volume de bois belge de structure scié annuellement et nous n’atteindrions que 8% si tout le bois provenait de forêts belges …. Il n’y a donc pas de pression sur cette ressource naturelle dans notre pays !

Construire en bois, pourquoi ?

Produire de l’oxygène et stocker du CO2, à condition de renouveler les forêts, ce qui est bien le cas en Europe !
Le bois possède de nombreux atouts. Couleur, toucher, chaleur, résistance, respirance… Les possibilités de créativité sont infinies à partir du bois brut et de ses dérivés. Le bois permet une valorisation en circuits courts de ressources locales renouvelables.


Le bois est issu de la photosynthèse : grâce au soleil, l’arbre fabrique la matière ligneuse qui le compose, à partir d’eau et de dioxyde de carbone présent dans l’air (le CO2, le fameux responsable de l’effet de serre). Ce faisant, de l’oxygène est libéré (indispensable pour permettre à l’Homme et aux animaux de respirer). Ce processus maintient le taux d’oxygène constant dans l’atmosphère terrestre et fournit toute la matière organique ainsi que l’essentiel de l’énergie utilisées par la vie sur Terre. Utiliser du bois diminue donc notre empreinte carbone !

Par ailleurs, le bois possède de nombreux atouts. Couleur, toucher, chaleur, résistance, respirance… Les possibilités de créativité sont infinies à partir du bois brut et de ses dérivés. Le bois permet une valorisation en circuits courts de ressources locales renouvelables.

Construire en bois, mais comment ?

Pour la construction de la structure des bâtiments, différentes techniques existent :
- l’ossature bois (petites sections de bois porteuses) ;
- le bois massif (le bois massif empilé dit construction en « madriers » et les panneaux en bois massifs) ;
- la construction en poteau-poutre (grosses sections de bois).

L’ossature bois

Cette technique (78% des constructions bois en Belgique) a fortement évolué :
- Initialement les montants verticaux faisaient toute la hauteur de la maison (technique « Balloon-frame »).
- Actuellement, on travaille par étages (« Platform-frame » – les montants font la hauteur d’un étage), ce qui permet de monter plus haut et de diminuer le coût d’achat du bois.
- La structure n’est pas visible, Elle est habillée sur ses deux faces (intérieure et extérieure) par une membrane pare- ou frein-vapeur, pare-pluie et des panneautages pour le contreventement…. Là aussi les habillages ont connu des évolutions.
- Les épaisseurs d’isolant et donc de paroi ont augmenté.
- La connaissance du comportement hygrothermique des parois s’est fortement améliorée ces 10 dernières années. La succession des couches a donc été revue.
Attention, la juxtaposition des éléments constitutifs d’une paroi à ossature ne s’improvise pas !

Sur le site www.houtinfobois.be, des fiches téléchargeables permettent de visualiser différents types de composition de parois.

L’ennemi du bois, c’est l’eau !

Une attention toute particulière doit être portée à la gestion de l’eau (humidité ascensionnelle, infiltrations, fuites d’eau et vapeur d’eau venant de l’intérieur). En effet, si le bois supporte très bien la présence temporaire d’eau quand elle est très rapidement évacuée ; lorsque le taux d’humidité dépasse 20%, gare aux risques de pourrissement et d’attaque de champignons !

Ce qu’on ignore parfois, c’est qu’il y a plus de risque de dégradation par la vapeur d’eau provenant de l’intérieur que par les infiltrations d’eau provenant de l’extérieur.

Sans entrer longuement dans les détails, retenez simplement que le côté extérieur d’une paroi doit toujours être plus ouvert à la diffusion de la vapeur d’eau que sa face intérieure (de 6 à 15 fois plus grande) pour permettre l’évacuation de l’eau si elle venait à y entrer. [3]

Un choix d’essence pour chaque usage

Un tronc d’arbre est constitué, à sa surface extérieure, de l’aubier (cernes clairs et plus jeunes) et en son centre, du duramen (cernes plus âgés et foncés). En construction, pour des usages extérieurs et sans traitement de préservation, l’aubier, quelle que soit l’essence de bois, ne doit jamais être employé car il n’est jamais résistant aux insectes et champignons.

La résistance du duramen aux attaques de champignons, ou durabilité, dépend de l’essence de bois. La durabilité est classifiée en 5 catégories : de la meilleure résistance (classe de durabilité I) à la moins bonne (V).

Une classification en fonction du type d’utilisation est aussi définie. Ce sont les fameuses « classes de risque » ou « classes d’emploi » suivant la norme EN335 : de la situation la plus favorable (classe d’emploi I – en intérieur et taux d’humidité inférieur à 70%), à la situation la plus exposée (classe V – contact direct avec l’eau de mer).

Construire en bois c’est durable… A condition de choisir un bois avec une durabilité adaptée à l’usage et de respecter quelques principes de bonne mise en œuvre…

En fonction à la fois de la classe de durabilité et de la classe d’emploi, la norme EN 460 définit la nécessité ou non d’utiliser un traitement fongicide/insecticide pour augmenter la durabilité du bois de façon artificielle. [4]

Ceci dit, qui dit fongicide ou insecticide, dit « biocide » (littéralement « qui tue la vie ») et n’est donc pas sans conséquences sur la santé ou l’environnement. Si un traitement s’avère indispensable, il vaut mieux préférer ceux ayant l’impact le plus faible pour l’environnement et la santé !

Importance de la conception

La mise en œuvre a ici plus qu’ailleurs toute son importance. L’essence de bois doit être adaptée à son usage et le détail technique doit être soigné.

Connaître ce matériau et respecter quelques principes de base lorsqu’on l’utilise se révèle indispensable pour réussir : permettre la dilatation du bois, l’évacuation de l’eau, respecter l’inhomogénéité du matériau ou d’éventuels défauts (les propriétés varient suivant 3 axes : longitudinal, radial, tangentiel), tirer parti de l’axe longitudinal pour les structures, utiliser des assemblages et fixations adaptés…

Exemple : rénovation d’un espace public

La place des Sciences (piétonne et en bois) à Louvain-la-Neuve a été récemment rénovée. Le bois utilisé à l’origine était une essence tropicale de classe de durabilité I (le meilleur). Malgré cela, les bois étaient fortement dégradés suite à une humidité persistante due à un mauvais détail technique. Le risque d’effondrement était réel.

Les bois ont finalement été remplacés par du chêne indigène (classe de durabilité II, donc moins résistant aux champignons que le précédent) en moindre épaisseur moyennant quelques changements de mise en œuvre pour garantir une bonne ventilation et un bon séchage des bois (placement sur un caillebotis galvanisé...).

Pour aller plus loin

- Trouver de la documentation sur le bois et/ou demander une farde « Bois – guide pour le bon usage » (frais d’envois demandés) : www.houtinfobois.be
- Lire un article sur la rénovation de la place des Sciences.
- Se former en construction bois / dans les métiers du bois : Centre de Formation Bois et Le forem (Wallonie-bois) ; Formation continue post-universitaire sur le bois dans la construction à l’UCL
- Lire aussi la fiche éditée par l’IBGE « Quel bois pour quel usage ? »


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[1Cette association fait la promotion et informe sur la construction en bois et les espèces utilisées. Cette association fondée en 1975 s’adresse tant aux architectes et professionnels du bois qu’au grand public qui souhaitent des informations générales ou plus techniques sur le bois et son utilisation.

[3Pour mieux comprendre ces notions de transfert de vapeur d’eau, nous vous invitons à lire l’article « 1, 2, 3 isoler-rendre étanche-ventiler ».

[4Exemples : chez nous, le robinier faux-acacia est de classe de durabilité I, c’est l’équivalent des bois exotiques résistants à l’extérieur. Le chêne et le châtaignier conviennent pour beaucoup d’usages en extérieur (châssis…). Le frêne ou le bouleau ne peuvent certainement pas convenir à un usage extérieur sans traitement.


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