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L’habitat durable, uniquement pour les plus nantis ?

La maison de l’habitat durable a organisé, le 17 février 2014, un séminaire consacré à l’habitat durable et la précarité : « Accès et participation des publics fragilisés à un habitat durable : regards croisés des acteurs techniques et sociaux ». Ce fut un succès ! Nous avons compté un peu plus de 150 participants de tous horizons. Un succès assuré par sa préparation en partenariat avec de nombreux acteurs du logement, qu’ils soient administratifs, techniques ou sociaux.

Dans la partie plénière de la journée, nous avons retenu notamment l’intervention très intéressante et très bien accueillie de M. Nordine Farrak (Chargé de mission Habitat pour l’Association Nationale Compagnons Bâtisseurs à Lille). Il nous a parlé de l’expérience de la démarche « Auto-Réhabilitation Accompagnée (ARA) » des Compagnons Bâtisseurs. Cette action a pour objectif l’insertion sociale par le logement. Nous en retraçons les lignes fortes ci-dessous.

Un peu d’histoire

L’auto-réhabilitation accompagnée est une démarche qui existe depuis très longtemps. C’est un « moine blanc » (religieux cistercien) des Flandres qui a développé les premiers chantiers participatifs d’après-guerre, dans les années ’50. Il a sillonné l’Europe pour déterminer quels étaient les besoins des familles, et il s’est vite rendu compte que le principal besoin était un besoin de logement. Il a entamé des chantiers participatifs en auto-construction avec de jeunes bénévoles. Ce mouvement s’est vite développé dans toute l’Europe et a donné naissance dans les années ‘50 au Réseau « Compagnons Bâtisseurs » en France. C’est un mouvement associatif parallèle au mouvement de l’Abbé Pierre et à celui des Castors. Le réseau comporte une centaine de salariés.

L’auto-réhabilitation accompagnée

L’objectif est d’intervenir auprès de ménages fragilisés pour les aider à réhabiliter leur logement. Avec cette particularité que le ménage participe aux travaux. L’objectif est donc double : technique, mais aussi social. Le ménage acquiert des compétences, des savoir-faire et il peut ainsi s’approprier son logement et l’entretenir dans le long terme. Les membres du ménage se remobilisent et reprennent ainsi confiance en eux. Cela améliore aussi les liens dans la famille lorsque plusieurs personnes participent au chantier, même des enfants parfois, sur de petites choses. Les Compagnons Bâtisseurs interviennent beaucoup au départ du chantier et ensuite se retirent progressivement, car cela doit rester le projet du ménage.

Pour citer quelques exemples sur la difficulté d’appropriation de personnes de leur logement, M. Nordine Farrak explique :

Nous arrivons parfois dans des logements où les cartons ne sont pas défaits après un an ou deux de présence dans le logement. Il y a aussi des ménages qui n’occupent pas tout le logement ou qui ne s’approprient pas un nouveau mode de chauffage installé (et se retrouvent avec des factures d’énergie exorbitantes). Nous essayons d’analyser les raisons de cette non-appropriation du logement, d’écouter les personnes et de leur proposer une solution qui soit en relation avec leurs besoins, c’est le projet des personnes.

L’un des points forts de l’auto-réhabilitation accompagnée, c’est qu’elle s’adapte au contexte tant du ménage que du territoire. En Île de France, les Compagnons Bâtisseurs interviennent sur des copropriétés très dégradées dans un contexte social parfois difficile. Dans le sud, ils le font surtout sur des logements collectifs de locataires, et sur l’habitat rural en Bretagne.

Nous incitons aussi les personnes à intervenir sur le chantier d’autres personnes. Cela permet de créer du lien social, de rencontrer d’autres personnes.
Certains ménages ont un logement tellement dégradé, qu’ils n’osent pas ouvrir leur logement de peur d’être jugés. Ils se referment alors sur eux-mêmes. Pour ces ménages, le premier geste à faire est de gagner leur confiance avant d’entamer des travaux. Rendre le logement plus accueillant permet à ces ménages de s’ouvrir aux autres, de créer des liens sociaux.

Pour quels publics ?

Les Compagnons Bâtisseurs, ce sont 1.000 chantiers de réhabilitation accompagnée/an. 20-30 % concernent des chantiers de propriétaires occupants, le reste des chantiers de locataires, pour moitié dans l’habitat social et pour moitié dans l’habitat privé. M. Farrak précise :

Quand nous intervenons auprès de propriétaires occupants, théoriquement, nous pourrions envisager tous les travaux (couverture, chauffage, isolation…), mais nous nous limitons à des travaux que nous estimons reproductibles par les ménages. L’objectif, c’est de leur transmettre des compétences pour qu’ils puissent refaire des travaux par eux-mêmes. Nos travaux sont subventionnés comme des travaux d’entreprises et ils offrent les mêmes garanties. Nous souscrivons une assurance décennale ; les personnes sont ainsi assurées.

Pour les locataires, l’approche globale et les objectifs sont les mêmes, mais nous intervenons sur les travaux qui sont à la charge du locataire. Un décret cadre précise quels sont ces travaux, des travaux principalement d’embellissement (peinture, enduits, revêtements de sol, plomberie…). Notre approche est d’inviter le propriétaire-bailleur à participer à la démarche. Nous réalisons un diagnostic de manière neutre : ce désordre-ci est la responsabilité du locataire, celui-là est de la responsabilité du propriétaire. Grâce au dialogue, nous incitons le bailleur à résoudre les désordres qui sont de sa responsabilité. S’il ne le souhaite pas, nous n’insistons pas ; nous réalisons les travaux en réhabilitation accompagnée à l’issue desquels nous réinvitons le propriétaire. Souvent, à la vue des travaux réalisés, il se dit prêt à entamer des travaux d’isolation, à installer des robinets thermostatiques…

Cela change aussi son regard sur son locataire. Nous faisons donc en sorte que le lien entre le propriétaire et le locataire soit amélioré. Mais parfois, les situations sont tellement litigieuses que ce n’est pas facile.

Des dispositifs complémentaires à l’auto-réhabilitation accompagnée

En parallèle des chantiers d’auto-réhabilitation accompagnée, plusieurs autres dispositifs existent au sein du Réseau Compagnons Bâtisseurs.

- Des animations collectives, des lieux où les Compagnons Bâtisseurs et les ménages travaillent sur des thématiques précises : la plomberie, l’électricité, la décoration, créer des armoires… en groupes de 5 à 6 personnes. L’objectif est de se réunir, d’échanger, de participer à un moment convivial.
- Des outils-thèques. Quand un ménage veut réaliser des travaux chez lui, il a souvent besoin d’une foreuse ou d’un autre outil. Les acheter puis les laisser non utilisés dans le grenier n’a pas de sens. Lors du prêt, les Compagnons Bâtisseurs montrent les gestes d’utilisation des outils. C’est une démarche globale.

Merci à M. Farrak d’avoir témoigné de la pertinence des outils mis en place dans le cadre de la démarche « Auto-Réhabilitation Accompagnée » (ARA). Ils pourraient être les ingrédients de base pour « construire » une recette wallonne afin de stimuler la rénovation solidaire et durable des logements des ménages fragilisés. À suivre…

logo partenaires séminaire 17/02/2014


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