Le chanvre en Wallonie

Ah le chanvre ! Il y a tellement de choses à dire sur cette plante, dont les premières utilisations remonteraient au Néolithique (+/- 8000 ans av. J.-C.).

Valorisée par l’homme de manières multiples et variées au travers de l’histoire, cette plante qui allège les maux et l’esprit a aussi permis de confectionner des vêtements, des cordages et des voiles très solides. Diabolisé par certains lobbies pour ses effets narcotiques et concurrencé par l’utilisation d’autres fibres dans le textile (coton, jute, nylon…), la culture du chanvre décline rapidement au cours de la première moitié du XXe siècle. Ce n’est qu’à partir des années ’60, suite à des recherches qui ont mis au point une culture monoïque et à faible teneur en THC (substance responsable des effets pharmacologiques du cannabis chez l’homme) que la culture du chanvre agricole est relancée en Europe.

Et c’est avec l’essor des préoccupations environnementales que la filière du chanvre tend à nouveau à se développer chez nous. Il peut être considéré comme l’une des cultures écologiques par excellence, car il ne nécessite aucun pesticide et des quantités très limitées d’engrais.

Le chanvre wallon dans la construction

Depuis 2006, date de sa création, l’ASBL Chanvre wallon s’efforce de promouvoir la culture du chanvre industriel auprès des agriculteurs, d’informer le grand public des produits du chanvre, de leurs usages et avantages, de fédérer les acteurs de la filière naissante. Son Assemblée générale réunit des agriculteurs, des entrepreneurs, des chercheurs. Son objectif est la pérennisation de la culture de chanvre en Wallonie. Ce projet est mené en partenariat avec le CRA-W et bénéficie du soutien de la Wallonie (SPW, DGOARNE).

Dans le domaine de la construction, citons notamment :
- BELchanvre, une coopérative agricole qui commercialise des isolants de chanvre en panneaux, rouleau et en vrac.
- ChanvrEco, un producteur de chènevottes fibrées utilisées pour le mélange isolant du béton chaux-chanvre ou le paillage.
- ISOHEMP, un producteur de blocs isolants de chaux-chanvre.

Techniques d’utilisation

On peut distinguer trois principales parties de la plante qui sont valorisables : la fibre (utilisée pour la fabrication de cordes, de laines isolantes, de vêtements…), la chènevotte (la paille employée pour le béton de chaux-chanvre et comme paillis horticole) et le chènevis (la graine, qui est valorisé en alimentation humaine et animale).

Le chanvre dans le secteur de la construction est disponible sous plusieurs formes. Voici quelques exemples :
- Le chanvre en panneaux ou rouleaux, qui contient 10 à 15 % de fibres synthétiques (polyester) pour maintenir les fibres de chanvre ensemble. Il existe différentes densités, la plus courante étant de +/- 25 kg/m³ (il est possible d’en trouver à 50 kg/m³). Le coefficient d’isolation étant de +/- 0,040 W/mK, cet isolant est comparable à la laine de bois, la cellulose ou la laine de mouton.

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- Le chanvre fibré en vrac, commercialisé en ballots et placé à la main, est une façon plus naturelle d’isoler. Les fibres de chanvre ne sont en effet pas mélangées avec de la fibre synthétique (contrairement aux panneaux/rouleaux) et sont donc à 100 % recyclables ou biodégradables. Son coefficient d’isolation est cependant légèrement inférieur (+/- 0,046 W/mK), mais il est très pratique à utiliser lors de rénovations, pour calfeutrer les espaces difficiles ou pour éviter de nombreuses découpes (par ex. : lors d’entraxes variables entre poutres). Il peut notamment être utilisé à la place de la mousse PU autour des châssis de fenêtres.
- La chènevotte, avec un coefficient d’isolation de +/- 0,050 W/mK et également 100 % recyclable et biodégradable, peut être déversée directement sur le sol entre gîtes ou en toiture, ou encore être mélangée à de la chaux pour effectuer un béton de chaux-chanvre.

Quand le chanvre rencontre la chaux…

Le béton de chanvre est un mélange [1] de chènevotte, de chaux et d’eau se transformant après séchage en une substance plus forte et aussi dure que celle du ciment et pesant seulement un sixième du poids en fonction du mélange.

Ces mortiers sont utilisés pour les enduits (appliqués à la main ou projetés), pour le remplissage des constructions à colombages ou des murs à structure bois par banchage. On peut aussi l’utiliser pour des chapes isolantes et pour l’isolation des toitures inclinées, ce qui offre en outre l’avantage d’en augmenter l’inertie thermique.

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En fonction de la technique utilisée, le mélange contiendra plus ou moins de chaux et sera donc plus ou moins lourd et isolant. Ainsi, un enduit contiendra davantage de chaux, car il doit « coller » au mur, alors qu’un remplissage de colombage ou une isolation de toiture aura une quantité de chaux moins importante, rendant le mélange plus léger et isolant.

Le principal intérêt de l’enduit chaux-chanvre est la correction thermique des murs épais maçonnés, en pierre ou en brique, très inconfortables en hiver. Pourquoi parler de correction thermique et pas d’isolation ? Parce que l’épaisseur nécessaire pour une véritable isolation ne pourrait tenir avec un simple enduit, et parce qu’une épaisse couche d’isolant annulerait les effets bénéfiques de l’inertie des murs. Une couche de 4 à 6 cm d’enduit intérieur chaux-chanvre est donc le compromis idéal pour supprimer l’effet de paroi froide de ce type de mur, sans perturber son équilibre hygrométrique et tout en continuant à bénéficier de son inertie.

Ce type de mélange est également très intéressant pour les maisons à ossature bois, car il apporte une inertie à l’ensemble (souvent manquante dans ces types de maisons) et un air ambiant moins sec.

Il existe également des blocs de chaux-chanvre. L’avantage de ce type de produit est la rapidité de mise en œuvre (les blocs se montent comme des briques) et il évite un temps de séchage très longs parfois contraignant dans certaines situations ou en hiver.


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[1Pour faire votre mélange, il y a deux options :
1) Vous êtes « puriste » et vous trouvez une recette sur Internet ou dans des livres qui reprennent, en fonction des cas, de la chaux aérienne, de la chaux hydraulique naturelle (NHL, voir ci-après), de la pouzzolane et de la chènevotte.
2) Vous aimez la simplicité et vous optez pour un mélange pré-formulé (ex. : Tradical) qui apporte une certaine garantie quant à la mise en œuvre, mais comporte une part de ciment (ce qui n’altère pas la perspirance du système grâce au mélange avec la chènevotte).
Il faut faire la distinction entre chaux aérienne (qui fait sa prise avec l’air) et chaux hydraulique (qui fait sa prise avec l’eau).
Dans les chaux hydrauliques, il est important de prendre de la NHL (Natural Hydraulic Lime), car elle ne contient pas de ciment (contrairement aux chaux indiquant NHL-Z ou autres). Dans les chaux NHL, il faut aussi faire la distinction entre NHL2, NHL3,5 (pour les enduits) et NHL5 (pour les maçonneries ou les chapes).


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