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Lorsqu’on isole ou rénove un mur… attention à son équilibre hygrothermique !

Lorsque l’on souhaite isoler un mur existant, la tentation est grande de penser que cela consiste simplement à placer un isolant et remettre une finition. Mais cela est-il vraiment aussi simple ?

À savoir, un mur « vit » : il réagit aux variations de température et d’humidité. Lorsqu’on lui applique une nouvelle « couche » (par exemple une isolation, une nouvelle finition intérieure ou extérieure tel un cimentage, une hydrofugation…), on bouleverse les équilibres initialement présents. Si l’attention n’est pas portée sur ce point, il peut en résulter une dégradation précoce du mur, un intérieur humide et malsain…

Explication par l’exemple

Un ancien mur est traditionnellement construit en briques pleines ou en pierres, liées par un mortier à base de chaux. Son épaisseur varie de 30 à 50 cm.
Dans un logement, il y a toujours une production d’eau sous forme de vapeur (respiration des personnes, cuisine, salle de bain). En hiver, pour des espaces chauffés, cette eau migre de l’intérieur vers l’extérieur. Elle entre dans le mur, et le traverse. Par ailleurs, ces murs anciens sont généralement construits sans barrière contre les remontées capillaires de l’eau du sous-sol. Ils reçoivent donc généralement une quantité d’eau importante.
Or, les briques et les mortiers à base de chaux ont la propriété d’être poreux  ; ils laissent passer l’humidité. Toute humidité présente dans le mur peut facilement s’en échapper et s’évaporer à la surface du mur. Lorsque les murs laissent passer la vapeur d’eau, on dit qu’ils « perspirent ».

Isoler ce mur par l’intérieur

Surtout si l’isolant est ouvert à la vapeur d’eau, il est important de toujours placer correctement un pare-vapeur ou un frein-vapeur sur la face chauffée de l’isolant en veillant à une mise en œuvre continue de celui-ci (raccord entre lés, avec les autres matériaux…).

En effet, lorsque l’on place un isolant du côté intérieur d’un mur, par temps froid, ce mur prend une température proche de celle de l’air extérieur, il n’est (quasiment) plus chauffé par l’air intérieur. Cela signifie simplement que l’isolant est efficace ! Mais en même temps, l’eau présente dans l’air intérieur (sous forme de vapeur) a une très forte tendance à sortir de l’habitation. Sans frein- ou pare-vapeur, elle traverse l’isolant et touche le mur froid. L’air se refroidit et ne peut plus contenir autant de vapeur d’eau. À ce moment, la vapeur d’eau condense et se transforme en eau liquide :

- Si cette eau condense dans l’isolant, elle lui fait perdre une grande partie de son efficacité mais peut également être la cause de sa dégradation. On estime que pour chaque pourcentage d’humidité présente dans l’isolant, ce dernier perd environ 7,5 % d’efficacité thermique. À savoir cependant que certains isolants supportent mieux l’eau que d’autres : une laine de mouton peut porter jusque 33 % de son propre poids en eau sans rien perdre de ses propriétés mécaniques ni thermiques, une laine de cellulose supporte jusqu’à 25 % et une laine de bois 20 %.
- Si la vapeur d’eau condense dans la maçonnerie, elle peut y rester bloquée et engendrer une dégradation du mur, une apparition de champignons…

De plus si la maçonnerie est poreuse à l’eau du coté extérieur, comme elle n’est plus « réchauffée » par l’air intérieur, il peut également y avoir des risques de dégradation du mur lors des gelées hivernales (briques gélives). L’eau présente dans la maçonnerie, se transforme en glace dans les pores des briques. Lors de cette transformation, elle augmente de volume et provoque leur éclatement.

Solutions possibles


- Il vaut mieux préférer une isolation par l’extérieur quand c’est possible.
- Si on isole par l’intérieur, il faut veiller à poser correctement un frein- ou pare-vapeur qui empêche la vapeur d’eau de pénétrer dans l’isolant. Être très attentif aux différents raccords : recouvrir et coller les feuilles avec les « tapes » adéquats, éviter les ponts thermiques, réaliser avec soin les raccords avec les plancher et les murs de refend, vérifier la porosité à l’eau des briques extérieures. Éviter de placer des prises électriques (ou autres éléments techniques) sur ces murs car ils occasionnent des percements dans le pare/frein-vapeur. En cas de percement nécessaire, utiliser le matériel adéquat pour assurer l’étanchéité. Si vous devez néanmoins placer des éléments techniques sur ces murs, réalisez une zone technique du côté intérieur (par exemple une contre-cloison) devant le frein/pare vapeur pour éviter de le percer.

Attention, il faut toujours vérifier qu’il y ait une bonne adhérence entre l’isolant et le mur !

Rénover une façade

Un rejointoyage d’un mur ancien (surtout si celui-ci est en pierre ou en brique vernissée) à l’aide d’un mortier contenant plus de 15 % de ciment est très généralement néfaste. En effet, l’humidité qui pouvait sortir initialement par les joints se retrouve bloquée derrière le nouveau joint en ciment (qui lui est étanche à l’eau). Il en résulte une dégradation précoce du mur : l’eau présente dans le mur reste bloquée mais doit et veut sortir. Par temps de gel, elle gonfle (se transforme en cristaux de glace). Soit, alors, les joints en ciment fissurent et « sautent » ; soit ce sont les briques ou la pierre de façade qui se dégradent. Le risque est identique en cas de cimentage ou d’hydrofugation non perspirante du mur par l’extérieur.

Solution

Rejointoyer/réaliser un enduit à l’aide d’un mortier principalement composé de chaux (ne peut pas contenir plus de 15 % de ciment). Ce dernier laisse le mur « perspirer » et l’humidité excédentaire dans le mur a l’occasion de migrer jusqu’en surface et de sortir du mur sans le dégrader.
La rénovation des façades est un thème qui sera abordé plus en détails dans la prochaine newsletter.

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Illustration de Vincent Albert
Quelques conseils pour conclure

Ne vous lancez jamais tête baissée dans des travaux ! Voyez si les interventions envisagées sur le mur permettent la migration de l’eau (sous forme vapeur ou liquide) présente dans celui-ci.

Il ne faut jamais négliger l’impact d’une intervention : chaque bâtiment est unique et donc chaque intervention (isolation/rénovation/peinture) doit faire l’objet d’une étude détaillée pour aboutir à une solution adéquate.
Par exemple, les matériaux qui constituent le mur doivent être de plus en plus ouverts à la vapeur d’eau, de l’intérieur vers l’extérieur. On parle généralement d’un rapport de 1 à 5, voire plus pour les ossatures bois.
N’hésitez donc pas à faire appel à des professionnels pour vous conseiller sur la question !
Vous pouvez également prendre un rendez-vous avec l’un de nos conseillers.

Liens

Téléchargez ou commandez gratuitement :
- le guide complet « Isolation par l’intérieur des murs existants en briques pleines » réalisé par Architecture et Climat ;
- la Revue Énergie 4 n° 25 – mars 2013 éditée par la Wallonie : Ce numéro résume en 4 pages quelques questions essentielles autour de l’isolation thermique : Techniques d’isolation comparées – Isoler par l’intérieur ou par l’extérieur ? – Quels matériaux d’isolation choisir ? – Isoler sans ventiler : à éviter absolument.


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